Le Praticien, qui est il?

Les approches thérapeutiques non conventionnelles se démocratisent depuis quelques années et l’intérêt grandissant du public pour celles-ci interroge parfois sur les raisons de cet engouement.

André Cognard est Maitre d’Aikido et à travers son art, il nous propose dans son livre Le corps conscient une synthèse du travail sur le corps qu’il a approfondi à travers l’Aikido et l’Aikitaiso. Outre les techniques abordées, il fournit dans son ouvrages, des outils qui permettent une lecture élargie aux disciplines millénaires de la médecine chinoise, telles que l’acupuncture et le shiatsu . Sa vision nous éclaire sur le rapport soignant-soigné, sur la définition de soin holistique, et définit le cadre d’une relation thérapeutique efficace.

« Les thérapies énergétiques telles que l’acupuncture, l’osthéopathie agissent en régulant la circulation d’énergie dans le corps et se situent d’emblée dans le cadre psychosomatique qui permet de faire évoluer les stases [générant des dysfonctionnement, tant d’ordre postural que physiologique et psychologique]. En outre, leur éthique amène les thérapeutes à travailler sur eux mêmes, à faire une recherche personnelle, ce qui permet un rapport soignant-soigné plus équilibré (je ne veux pas dire que les pratiquants de thérapies plus classiques sont immatures mais que leurs thérapeutiques n’intégrant pas la notion de personnalité, elles ne favorisent pas leurs recherches personnelles et qu’ils ont de ce fait beaucoup de chance d’aboutir à un rapport de pouvoir dans le cadre de leur exercice professionnel).Même si certain discute encore de leur authenticité scientifique, il est indéniable qu’elles sont actives et obtiennent de bon résultats, pour peu que le thérapeute soit compétent, cela va de soi, et qu’il ait lui même une bonne conscience de son identité, cette bonne définition lui conférant ce pouvoir de différence nécessaire à l’évolution du patient. Le pouvoir sur l’autre a toujours pour objet de compenser le manque de pouvoir sur soi. Prendre le pouvoir sur soi, c’est le critère d’efficacité du psychothérapeute, de l’énergéticien, de l’acupuncteur et du maître d’arts Martiaux, la compétence technique ne pouvant suffire à chacun d’entre eux, même si elle est indispensable. »

André Cognard Le corps conscient, Renaitre par le geste P.87

MEMOIRE DU CORPS: COMMENT NOTRE VECU S’INSCRIT DANS NOTRE ORGANISME ?

Notre physique reflète notre histoire.

« Ce n’est pas le plus fort de l’espèce qui survit, ni le plus intelligent. C’est celui qui sait le mieux s’adapter au changement » Darwin

Pour vivre, l’homme s’adapte. L’homme s’adapte dès la vie intra utérine, où dès cette étape, le fœtus absorbe les tensions de son environnement. Au fil du temps et des expériences des chutes, et des contraintes, son corps s’adaptera et portera les marques de son histoire.

Lors d’une fracture, ces marques se comprennent aisément par les séquelles qu’elles peuvent occasionner. Mais près de 80 % des traumatismes (chute sur le coccyx, coup du lapin) n’entraine ni plaies, ni fracture, et peuvent pourtant, devenir handicapant sur le long terme .Lors d’un choc, l’onde se propage à travers les muscles, les os, les membranes et les organes générant des tensions dans l’ensemble du système, et limitant ainsi le mouvement, quelques fois bien après l’évènement traumatique. A la suite de quoi, pour éviter la douleur, le corps va compenser à d’autres endroits, en déplaçant le centre de gravité d’une jambe fragilisée à l’autre ou en courbant la nuque pour libérer une cervicale inflammatoire par exemple, déplaçant le déséquilibre sur une autre partie du système. Ainsi en s’adaptant autour de traumatismes non résolus, la posture se façonne au gré du temps et des expériences.

Correction de posture shiatsu

L’activité chronique et prolongée est aussi un vecteur « déstructurant » pour le corps. Favorisés par les mouvements en force, les postures extrêmes, les gestes répétés, les vibrations, les postures figées devant un écran et même le stress, les troubles musculo-squelettiques affectent de façon parfois quasi irréversible, les muscles, tendons et nerfs autours des articulations. Cervicalgies, tendinites, syndrome du canal carpien sont quelques résultantes de ces attitudes.

Les émotions nous sculptent.

Nos postures pourraient aussi traduire notre parcours psychique. Le psychanalyste autrichien Wilhelm Reich avançait, dès 1930, le concept de la cuirasse musculaire : « Toutes nos rigidités musculaires contiendraient l’histoire et la significations de son origine ». Les psychothérapeutes biomécanique expliquent que nos émotions réprimées, nos colères ou nos tristesses refoulées viennent se loger dans les muscles par des contractions entrainant des postures spécifiques. Un dos vouté, une mâchoire crispée, seraient alors au niveau somatique, l’expression et le souvenir de nos mécanismes de défense. Et cette propension de l’organisme à prendre en charge, nos problèmes non résolus existerait dès la petite enfance. Dans la lignée du psychanalyste pour enfants Donald Winicott (1896-1971), défenseur d’une unité psyché/soma, le Dr Flaumenbaum, Gynécologue explique que « chez les petits, les représentations et les affects ne sont pas dissociés, ils s’inscrivent dans la mémoire du corps avant même qu’ils se sachent parler. » Ainsi, des informations qui n’auraient pas été acquises consciemment et positivement, pourraient se manifester à l’âge adulte par différent troubles corporels.

Mémoire cellulaire : tout est écrit, rien n’est figé!

Les découvertes sur le fonctionnement cérébral, confirment ces liens corps/esprit. L’Homme est doté « d’un cerveau reptilien et d’un cerveau interprétatif». Le premier comprenant le cervelet et le tronc cérébral, nous fait réagir immédiatement lorsque nous sommes face à un stress, déclenchant un flot de neuromédiateurs destinés à mettre notre corps en mouvement de manière à réagir : L’adrénaline stimule l’activité cardiaque et musculaire, le cortisol prépare le système immunitaire à réparer d’éventuels dommages. De son côté, le cerveau interprétatif, ou néocortex, analyse l’évènement sous forme déductive et logique, de façon quasi instantané.

Ces traductions hormonales vont être gérées par notre système limbique qui est le siège et la mémoire de nos émotions. Constituée de nos souvenirs conscients ou inconscients reliés à une émotion, perçue positivement ou négativement, la mémoire émotionnelle est réactivée chaque fois que le contexte d’origine réapparaît ou lorsqu’on redoute que la situation se reproduise, déclenchant tous les mécanismes hormonaux adéquats.

La biologiste Elizabeth Blackburn, prix Nobel de médecine 2009, et Elissa Epel, psychiatre à l’université de Californie, ont comparé  l’ADN de mères d’enfants en bonne santé à celui de mères d’enfants atteints d’une maladie grave et chronique. Chez ces dernières, soumises au stress psychologique chronique, l’ADN présente des signes de vieillissement précoce de 9 à 17 ans. On sait donc, maintenant, que l’ADN n’est pas un élément figé comme on l’a longtemps cru, et qu’au contraire, il évolue en fonction du cadre de vie, et des émotions qui y sont liées.

Les chercheurs ont mis du temps à comprendre les mécanismes biologiques par lesquels les expériences de vie modifient l’expression de ces gènes appelés épigénétique, longtemps appelés gènes poubelles tant on pensait qu’ils ne servaient à rien.

Epigénétique

L’épigénétique fournit en réalité, au matériel génétique, un moyen de réagir à l’évolution des conditions environnementales. Bien que les plantes n’aient ni système nerveux ni cerveau, leurs cellules ont la faculté de mémoriser les changements saisonniers. Chez certaines espèces bisannuelles, cette aptitude est liée à leur capacité de fleurir au printemps, quand elles détectent des températures ambiantes plus clémentes. Des recherches sur certains types de cresson ont permis de montrer que l’exposition au froid durant l’hiver provoque des changements structuraux dans la chromatine, qui réduisent les gènes de la floraison au silence. Ces gènes sont réactivés au printemps lorsque les journées plus longues et plus chaudes deviennent propices à la reproduction.

Concernant l’environnement familial, une équipe de l’université McGill (Canada), a montré qu’en comparant le cerveau de bébés rats cajolés par leur mère à ceux de ratons délaissés, que le délaissement induit des modifications épigénétiques qui bloquent le gène utilisé pour produire le récepteur aux corticoïdes. Or, ce récepteur contrôle la réponse au stress en réduisant le taux sanguin de cortisol, l’hormone libérée en cas de stress.

En clair, les rats délaissés possèdent moins de récepteurs au cortisol, et sont alors moins aptes à faire face au stress. Perpétuellement angoissés, ils souffrent de troubles de la mémoire et d’un comportement dépressif. Même à l’âge adulte, le moindre dérangement prend chez eux des proportions alarmantes.

équilibre naturel

Le corps dans sa lente construction, garde donc en mémoire, tous les événements survenus, à des niveaux de profondeur allant de la surface de la peau jusqu’au niveau cellulaire, avec des interactions entre tous ces niveaux. Tout ce que nous faisons, que nous vivons, le cadre dans lequel nous évoluons, la façon dont nous nous nourrissons, les émotions que nous partageons, tout impacte notre véhicule corporel jusqu’au plus profond de nous-même et conditionne la suite de notre parcours, mais aussi celle de nos descendants, d’un point de vue purement physiologique.

Essayer de se libérer des tensions corporelles psychiques ou somatiques, c’est retrouver une perception du corps comme globalité. C’est prêter attention à la qualité de l’environnement, dans lequel nous sommes intégrés et dont nous sommes dépendants. C’est comprendre que la santé et le bien-être fonctionnent comme une balance à deux plateaux, sensible, avec pour déterminants bénéfiques, l’exercice physique, la relaxation, une diététique adaptée, de l’air sain et très probablement même, l’amour de la vie.

Saurons-nous nous adapter aux changements qui nous attendent ? Aurons-nous l’audace de ( re-) découvrir ce type de paradigme ?

Fabrice VETAULT
Praticien en Shiatsu
Mai 2016

Approche et Prévention du Burn-Out : Systémisation d’un mal naturel

Le journal le Parisien du 22 Janv. 2014 alertait sur le mal du siècle qui selon une étude publiée par le cabinet de prévention des risques Technologia, démontrait que le stress professionnel et en particulier, le «Burn out» guette 3,2 millions d’actifs en France.

Le syndrome d’épuisement professionnel, ou burnout, combine une fatigue profonde, et un sentiment d’échec et de désintérêt dans le travail. Il est considéré comme le résultat d’un stress professionnel chronique (par exemple, lié à une surcharge de travail). Le mot stress vient du latin ‘’stringere’’ qui signifie serrer, oppresser, étouffer, c’est l’angoisse, l’anxiété, le sentiment de détresse.

PHYSIOLOGIE
Le stress est pourtant physiologique et nécessaire quotidiennement. Grâce à lui, notre corps peut s’adapter à un environnement qui se modifie sans arrêt. Cependant une stimulation excessive et durable présente un risque potentiel de maladie. Il s’agit là d’une maladie de l’adaptation menant à un état pathologique souvent irréversible
Parler de stress en Shiatsu, c’est parler de l’énergie mentale, le SHEN, décrit depuis plus de deux mille ans dans les traditions asiatiques.
Le stress est l’expression d’émotions plus ou moins vives faisant partie de notre vie quotidienne. Il est l’expression d’un des sept sentiments psychoaffectifs : joie, colère, soucis, réflexion, tristesse, peur, prudence.

Selon la médecine traditionnelle Chinoise, cette activité mentale, se trouve dans chacun des cinq organes, portant un nom spécifique. Ainsi, le Foie abrite le Hun (âme végétative, créative), celui de la Rate le Yi (pensée, réflexion, préoccupation, obsession), celui du Poumon le Po (âme sensitive), celui du Rein le Zhi (volonté), tous régie par le maître suprême, le Cœur qui abrite le Shen, synthèse des quatre autres esprits, comme la lumière blanche qui, diffractée, est composée de lumières élémentaires.

On considère ainsi dans cette approche que, dans cette relation organe-émotion, les organes affectent les émotions autant que les émotions affectent les organes.
L’activité mentale ne peut donc pas être isolée du corps, c’est dire que la vie humaine est étroitement liée à l’existence de l’énergie mentale. Il n’y a pas, dans l’approche orientale, de séparation entre le corps et l’esprit pour la simple raison que les émotions ne sont que l’expression de l’activité physiologique des organes, qui gouvernent notre santé. Leur fonctionnement harmonieux conditionne donc notre équilibre émotionnel. Chacun des cinq organes possède donc une double activité : le Psychisme ou Mental, et le Soma, le corps.
En lien avec cette vision, on parle désormais en occident, depuis les années 50, de la maladie psychosomatique.

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PHYSIO PATHOGENIE

1) Troubles du Shen.

  • Sur plan psychique, le shen blessé par le stress, engendre l’affolement, et la perte du contrôle de soi.
  • D’autres troubles psycho-somatiques se traduisent de façon corrélée par des signes tels que de troubles cardio-vasculaires, de palpitations cardiaques, de tachycardie, de l’hyper ou de l’hypotension artérielle, de l’anémie, de l’insomnie etc.

 

L’explication scientifique occidentale démontre de façon analogue que l’action de catécholamines suite à des stress, a des effets sur le Cœur comme les maladies coronaires, infarctus du myocarde, maladies hypertensives, des troubles du rythme cardiaque, etc.

2) Troubles du Foie

  • Sur le plan psychique : angoisse, peur, tristesse excessive incontrôlable, amnésie, psychose, délires, et confusion mentale.
  • Sur le plan somatique : dérèglement du système musculo-tendineux.
  • Fibromyalgie, la spasmophilie ou des plaintes somatiques, syndrome de fatigue chronique.
  • Chez les coxarthroses, la quasi-constance des antécédents de stress psycho-émotionnel, tout comme la poussée de sclérose en plaques souvent fait suite à un stress.
  • baisse de l’acuité visuelle, des troubles de la vue, risque de glaucome, conjonctivite, douleur oculaire etc.

3) Troubles de la Rate et de l’appareil digestif :

  • Sur le plan psychique : l’anxiété, les soucis
  • Sur le plan somatique : troubles digestifs, aérophagie, ulcère gastrique, pancréatite, colopathie, hémorragie gastrique sont les classiques tributs de l’émotion.

 

4) Troubles du Poumon, traduits par :

  • Sur le plan psychique : la tristesse, le soupir, la gêne respiratoire.
  •  Sur le plan somatique : maladies cutanées tels que la dermatose, la sudation abondante, l’eczéma, l’urticaire, le psoriasis à la suite d’un stress important.

 

5) Troubles du Rein.

  • Sur le plan psychique : Des stress trop importants sur le rein blessent le Zhi (volonté). Le Zhi blessé occasionne l’oubli, la peur.
  • Des troubles sensoriels tels que les vertiges, les acouphènes sont souvent notés.
  • Les plaintes somatiques de lombalgie chronique, de spermatorrhée, de rachialgie, de raideur vertébrale (nuque, dos), d’ostéalgie, sont souvent les motifs de consultation. La baisse de la libido et les troubles de la fécondité ne sont pas rares etc.

Le stress est nécessaire pour notre vie quotidienne. A dose modérée, il est notre meilleur allié et même nécessaire à nos activités, à condition de pouvoir en maitriser les effets néfastes. Quand le stress attaque le mental, la maladie s’installe, avec une liste de dérèglements possibles assez éloquente.

Tous  ces désordres débutent en premier temps par les manifestations fonctionnelles, et évoluent si rien n’est fait, vers l’organicité. Le stress, sème le désordre dans l’ensemble de l’organisme et perturbe dans tous les sens aussi bien au sens propre qu’au sens figuré.
Il cause de gros dégâts, et se cache sous de multiples facettes avec une symptomatologie polymorphe, de la fatigue à l’insomnie rebelle, des troubles de la mémoire à la dépression nerveuse voire la confusion mentale.

 

Il ne tient donc qu’à nous, individuellement, dans une société, et un mode de vie que nous choisirons, de bien le gérer, de le maîtriser, de l’apprivoiser par une hygiène de vie, de  sobriété, de simplicité, de sérénité et de modération. C’est notre seule et unique issue à la fois efficace et sécurisante.

 

 

Fabrice VETAULT
Praticien Shiatsu
www.cabinet-shiatsu.fr
juillet 2015