MEMOIRE DU CORPS: COMMENT NOTRE VECU S’INSCRIT DANS NOTRE ORGANISME ?

Notre physique reflète notre histoire.

« Ce n’est pas le plus fort de l’espèce qui survit, ni le plus intelligent. C’est celui qui sait le mieux s’adapter au changement » Darwin

Pour vivre, l’homme s’adapte. L’homme s’adapte dès la vie intra utérine, où dès cette étape, le fœtus absorbe les tensions de son environnement. Au fil du temps et des expériences des chutes, et des contraintes, son corps s’adaptera et portera les marques de son histoire.

Lors d’une fracture, ces marques se comprennent aisément par les séquelles qu’elles peuvent occasionner. Mais près de 80 % des traumatismes (chute sur le coccyx, coup du lapin) n’entraine ni plaies, ni fracture, et peuvent pourtant, devenir handicapant sur le long terme .Lors d’un choc, l’onde se propage à travers les muscles, les os, les membranes et les organes générant des tensions dans l’ensemble du système, et limitant ainsi le mouvement, quelques fois bien après l’évènement traumatique. A la suite de quoi, pour éviter la douleur, le corps va compenser à d’autres endroits, en déplaçant le centre de gravité d’une jambe fragilisée à l’autre ou en courbant la nuque pour libérer une cervicale inflammatoire par exemple, déplaçant le déséquilibre sur une autre partie du système. Ainsi en s’adaptant autour de traumatismes non résolus, la posture se façonne au gré du temps et des expériences.

L’activité chronique et prolongée est aussi un vecteur « déstructurant » pour le corps. Favorisés par les mouvements en force, les postures extrêmes, les Correction de posture shiatsugestes répétés, les vibrations, les postures figées devant un écran et même le stress, les troubles musculo-squelettiques affectent de façon parfois quasi irréversible, les muscles, tendons et nerfs autours des articulations. Cervicalgies, tendinites, syndrome du canal carpien sont quelques résultantes de ces attitudes.

Les émotions nous sculptent.

Nos postures pourraient aussi traduire notre parcours psychique. Le psychanalyste autrichien Wilhelm Reich avançait, dès 1930, le concept de la cuirasse musculaire : « Toutes nos rigidités musculaires contiendraient l’histoire et la significations de son origine ». Les psychothérapeutes biomécanique expliquent que nos émotions réprimées, nos colères ou nos tristesses refoulées viennent se loger dans les muscles par des contractions entrainant des postures spécifiques. Un dos vouté, une mâchoire crispée, seraient alors au niveau somatique, l’expression et le souvenir de nos mécanismes de défense. Et cette propension de l’organisme à prendre en charge, nos problèmes non résolus existerait dès la petite enfance. Dans la lignée du psychanalyste pour enfants Donald Winicott (1896-1971), défenseur d’une unité psyché/soma, le Dr Flaumenbaum, Gynécologue explique que « chez les petits, les représentations et les affects ne sont pas dissociés, ils s’inscrivent dans la mémoire du corps avant même qu’ils se sachent parler. » Ainsi, des informations qui n’auraient pas été acquises consciemment et positivement, pourraient se manifester à l’âge adulte par différent troubles corporels.

Mémoire cellulaire : tout est écrit, rien n’est figé!

Les découvertes sur le fonctionnement cérébral, confirment ces liens corps/esprit. L’Homme est doté « d’un cerveau reptilien et d’un cerveau interprétatif». Le premier comprenant le cervelet et le tronc cérébral, nous fait réagir immédiatement lorsque nous sommes face à un stress, déclenchant un flot de neuromédiateurs destinés à mettre notre corps en mouvement de manière à réagir : L’adrénaline stimule l’activité cardiaque et musculaire, le cortisol prépare le système immunitaire à réparer d’éventuels dommages. De son côté, le cerveau interprétatif, ou néocortex, analyse l’évènement sous forme déductive et logique, de façon quasi instantané.

Ces traductions hormonales vont être gérées par notre système limbique qui est le siège et la mémoire de nos émotions. Constituée de nos souvenirs conscients ou inconscients reliés à une émotion, perçue positivement ou négativement, la mémoire émotionnelle est réactivée chaque fois que le contexte d’origine réapparaît ou lorsqu’on redoute que la situation se reproduise, déclenchant tous les mécanismes hormonaux adéquats.

La biologiste Elizabeth Blackburn, prix Nobel de médecine 2009, et Elissa Epel, psychiatre à l’université de Californie, ont comparé  l’ADN de mères d’enfants en bonne santé à celui de mères d’enfants atteints d’une maladie grave et chronique. Chez ces dernières, soumises au stress psychologique chronique, l’ADN présente des signes de vieillissement précoce de 9 à 17 ans. On sait donc, maintenant, que l’ADN n’est pas un élément figé comme on l’a longtemps cru, et qu’au contraire, il évolue en fonction du cadre de vie, et des émotions qui y sont liées.

Les chercheurs ont mis du temps à comprendre les mécanismes biologiques par lesquels les expériences de vie modifient l’expression de ces gènes appelés épigénétique, longtemps appelés gènes poubelles tant on pensait qu’ils ne servaient à rien.

EpigénétiqueL’épigénétique fournit en réalité, au matériel génétique, un moyen de réagir à l’évolution des conditions environnementales. Bien que les plantes n’aient ni système nerveux ni cerveau, leurs cellules ont la faculté de mémoriser les changements saisonniers. Chez certaines espèces bisannuelles, cette aptitude est liée à leur capacité de fleurir au printemps, quand elles détectent des températures ambiantes plus clémentes. Des recherches sur certains types de cresson ont permis de montrer que l’exposition au froid durant l’hiver provoque des changements structuraux dans la chromatine, qui réduisent les gènes de la floraison au silence. Ces gènes sont réactivés au printemps lorsque les journées plus longues et plus chaudes deviennent propices à la reproduction.

Concernant l’environnement familial, une équipe de l’université McGill (Canada), a montré qu’en comparant le cerveau de bébés rats cajolés par leur mère à ceux de ratons délaissés, que le délaissement induit des modifications épigénétiques qui bloquent le gène utilisé pour produire le récepteur aux corticoïdes. Or, ce récepteur contrôle la réponse au stress en réduisant le taux sanguin de cortisol, l’hormone libérée en cas de stress.

En clair, les rats délaissés possèdent moins de récepteurs au cortisol, et sont alors moins aptes à faire face au stress. Perpétuellement angoissés, ils souffrent de troubles de la mémoire et d’un comportement dépressif. Même à l’âge adulte, le moindre dérangement prend chez eux des proportions alarmantes.

Le corps dans sa lente construction, garde donc en mémoire, tous les événements survenus, à des niveaux de profondeur allant de la surface de la peau jusqu’au niveau équilibre naturelcellulaire, avec des interactions entre tous ces niveaux. Tout ce que nous faisons, que nous vivons, le cadre dans lequel nous évoluons, la façon dont nous nous nourrissons, les émotions que nous partageons, tout impacte notre véhicule corporel jusqu’au plus profond de nous-même et conditionne la suite de notre parcours, mais aussi celle de nos descendants, d’un point de vue purement physiologique.

Essayer de se libérer des tensions corporelles psychiques ou somatiques, c’est retrouver une perception du corps comme globalité. C’est prêter attention à la qualité de l’environnement, dans lequel nous sommes intégrés et dont nous sommes dépendants. C’est comprendre que la santé et le bien-être fonctionnent comme une balance à deux plateaux, sensible, avec pour déterminants bénéfiques, l’exercice physique, la relaxation, une diététique adaptée, de l’air sain et très probablement même, l’amour de la vie.

Saurons-nous nous adapter aux changements qui nous attendent ? Aurons-nous l’audace de ( re-) découvrir ce type de paradigme ?

 

Fabrice VETAULT
Praticien en Shiatsu
Mai 2016

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